Cahier économique N°116 - page 236

Rapport Travail et Cohésion sociale 2013
Cahier économique 116
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varier dans le temps et dans l’espace. Un exemple
souvent cité a trait à l’habillement. Se vêtir de
manière décente exigerait d’autres habits aujourd’hui
qu’il y a trente ans.
Lesméthodologies pour la construction de ces deux
sortes de seuils ne sont évidemment pas lesmêmes.
Les seuils relatifs de pauvreté sont établis par
référence à un certain positionnement dans la
distribution des revenus de l’ensemble de la
population (généralement une certaine fraction d’une
des valeurs centrales). Les seuils absolus font appel au
coût d’un panier de biens et services jugé
indispensable pour vivre. Les adaptations de la valeur
d’un tel panier négligent le plus souvent les
changements intervenus dans les habitudes de
consommation et se contentent de l’indexer à la seule
évolution des prix des produits qu’il contient. Cette
façon de procéder, toujours en usage aux Etats-Unis,
soulève évidemment de nombreuses critiques parce
qu’elle ne tient justement pas compte de
changements intervenus dans lesmodes de vie.
L’avantage des seuils relatifs serait qu’ils sont adaptés,
de par leurméthode de construction, à l’évolution de
l’ensemble des revenus. Si ce seuil correspond, par
exemple, à un certain pourcentage du revenumoyen,
il est clair qu’il augmente lorsqu’une grandemajorité
de la population bénéficie d’une hausse de leurs
revenus.
La définition du seuil relatif de pauvreté relatif,
comme on le trouve dans les pays européens, exige de
semettre d’accord sur deux points:
quelle norme de référence retenir: moyenne ou
médiane
50
?
quel pourcentage de cette norme de référence
choisir ?
Concernant la norme de référence, c’est lamédiane
qui est actuellement favorisée par rapport à la
moyenne. On dit que le choix d’une des deux révèle un
certain degré d’aversion pour les inégalités. Se décider
pour le revenumédian au lieu du revenumoyen serait
le signe d’unemoindre aversion pour l’inégalité. Il est
clair que, vu l’allure de la courbe de distribution des
50
Pour être précis, il s’agirait en fait de lamoyenne arithmétique.
Lamédiane divise une population en deux parts égales, l’une se
situant en dessous de cette valeur, l’autre au-dessus
revenus, lamoyenne est plus élevée que lamédiane et
que le seuil de pauvreté le sera alors également. Un
argument en faveur de lamédiane est de nature
statistique et consiste à dire qu’elle estmoins sensible
aux valeurs extrêmes souvent jugées aberrantes. On
pourrait répliquer que les données brutes collectées
sont normalement corrigées pour éliminer ces
« outliers ». Il existe cependant un autre argument
justifiant le choix de lamédiane. Dans le cas d’une
distribution étalée à droite, comme l’est celle des
revenus, lamoyenne arithmétique n’est non seulement
pas significativemais peut encore induire en erreur.
Des valeurs élevées peuvent faire en sorte que la
moyenne arithmétique se situe à droite de la partie de
la distribution ou se concentre lamasse des revenus.
Distribution des revenus et seuil de pauvreté
Source : STATEC
médiane
% desménages
moyenne
Seuil
60%
Pour ce qui est de du pourcentage de la norme de
référence, il est difficile de le justifier demanière
purement statistique. Retenir 70%, donnera
évidemment un taux de pauvreté plus élevé que 30%.
Si pendant longtemps, EUROSTAT avait retenu un seuil
de 50% du revenumoyen, il s’élève aujourd’hui à 60%
du revenumédian, les deux étant en réalité très
proches l’un de l’autre. Ce seuil de 60% du revenu
médian a été fixé par le Conseil européen de Laeken.
Classer comme pauvres desménages se trouvant juste
en dessous du seuil de pauvreté et comme non
pauvres ceux qui grâce à un revenu à peine supérieur
se situent de l’autre côté peut soulever des critiques.
Le choix du seuil de pauvreté serait donc quelque peu
arbitraire et la plupart des experts recommandent d’en
tester plusieurs pour examiner les conséquences sur
les taux de pauvreté. Une autre solution est de
mesurer la gravité de la pauvreté à l’aide d’indicateurs
montrant la distance desménages jugés pauvres par
rapport au seuil de pauvreté. En raison de la taille
souvent très réduite du sous-échantillon relatif à ces
ménages, ces indicateurs risquent cependantmanquer
de fiabilité.
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