Rapport Travail et Cohésion sociale 2013
Cahier économique 116
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Dans le cas des paysmembres de l'UE, un taux de
syndicalisation plus faible est généralement associé à
une incidence plus élevée du travail à bas salaire. Une
exception notable est la France qui, à l’exception de
l’Estonie, a le taux de syndicalisation le plus bas de
tous les pays de l’UE (8%). Toutefois, la France affiche
avec 6%, une des plus petites parts de travailleurs à
bas salaires. Le cas de Chypre est également
intéressant. Lamajorité des travailleurs (54%) sont
membres d'un syndicat. C'est l'un des taux les plus
élevés de l'UE. Enmême temps, Chypre a aussi l'une
des plus fortes proportions de travailleurs à bas
salaires. En sortant la France et Chypre de l'analyse, la
relation négative entre le taux de syndicalisation et
l'incidence du travail à bas salaire devient encore plus
claire. Le coefficient de corrélation passe de -0.59 à -
0.80.
Le taux de syndicalisation est un indicateur classique
mobilisé pour caractériser les relations sociales dans
un pays. Cependant, il ne donne qu'une image
partielle. Par conséquent, il est utile de compléter le
taux de syndicalisation par d'autres indicateurs,
comme par exemple la couverture des conventions
collectives. Le taux de couverture des conventions
collectives
26
mesure la proportion de travailleurs qui
sont couverts par les dispositions d'une convention
collective. En effet, le fait d'être affilié à un syndicat
ne donne pas forcément un avantage direct aux
travailleurs, en ce qui concerne les salaires et les
conditions de travail. Cependant, le fait d'être couvert
par une convention collective peut s’avérer
avantageuse pour les travailleurs. LeGraphique 207
ci-dessous représente la part des travailleurs à bas
salaires en fonction du taux de couverture. La relation
est négative et encore plus forte que pour le taux de
syndicalisation. Les pays avec un taux de couverture
élevé ont tendance à avoir une plus faible incidence
du travail à bas salaire. Le coefficient de corrélation
est de -0.76.
Le degré de coordination des négociations collectives
a un effet sur l'incidence de l’emploi à bas salaire.
Dans le tableau ci-dessous, les 27 paysmembres de
l'UE sont classés en 4 groupes selon laméthodemise
au point par Kenworthy
27
. Les groupes sont classés
selon le degré de coordination des négociations
salariales.
26
Une étude plus détaillée de la situation luxembourgeoise a été
publiée par le STATEC: « Regards sur la couverture des conventions
collectives de travail » (N° 06/2013).
27
Kenworthy, L. (2001). Wage-Setting Institutions: A survey and
assessment. World Politics, 54, p.57-98.
Graphique 207: Emploi à bas salaire et taux de
syndicalisation (2010)
Source : Enquête sur la structure des salaires 2010
et ICTWSS
AT
BE
BG
CY
CZ
DE
DK
EE
ES
FI
FR
HU
IE
IT
LT
LU
LV
MT
NL
PL
PT
RO
SE
SI
SK
UK
0.00
10.00
20.00
30.00
% des travailleurs à bas salaire
0
20
40
60
80
Taux de syndicalisation
Graphique 208: Emploi à bas salaire et taux de
couverture des conventions collectives (2010)
Source : Enquête sur la structure des salaires 2010
et ICTWSS
Le groupe 1 correspond au plus bas degré (niveau de
l’entreprise) et le groupe 4 au degré de coordination le
plus élevé (niveau national). Il ressort de ce tableau
que l'incidence du travail à bas salaire diminue avec le
niveau de coordination. L'incidence des bas salaires
diminue de 24% dans le premier groupe à 20% dans
le second groupe, à 8% dans le troisième groupe et
15% dans le quatrième groupe. Donc, des
négociations coordonnées à un niveau plus élevé se
traduisent en général par une incidence plus faible des
bas salaires, même si l’effet n’est pas linéaire.